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AI·10 min de lecture

Hantavirus : les médias en mal de vues cherchent-ils leur prochain COVID ?

Par Joao De Almeida
Hantavirus : les médias en mal de vues cherchent-ils leur prochain COVID ?

Tout est parti d’une question banale : quand les médias ont-ils connu leurs plus gros pics d’attention ? Pas un sondage, pas un rapport commandé à un institut, juste une intuition que j’ai voulu vérifier. Avec une IA comme partenaire de travail, j’ai construit en quelques heures une mini-enquête : recherche de sources, croisement de chiffres, indice normalisé, graphique interactif. Le résultat est en bas de l’article, et il dit quelque chose d’assez net sur le COVID, la presse papier, et notre rapport à l’information.

Ce billet ne prétend pas être une étude académique. C’est un exemple concret de ce qu’un non-spécialiste peut faire en 2026 grâce à l’IA : transformer une intuition en analyse publiable, sources à l’appui.

La méthode : une question, cinq fenêtres temporelles

J’ai demandé à l’IA d’analyser les pics de consommation et d’attention médiatique sur cinq périodes : 6, 10, 30, 35 et 50 ans. L’idée n’était pas d’empiler des chiffres, mais de regarder ce qui ressort quand on change l’échelle du temps.

La démarche tient en quelques étapes :

  • définir ce qu’on cherche (attention médiatique globale, pas uniquement audience d’un support) ;
  • distinguer deux objets différents : consommation média globale et presse papier traditionnelle ;
  • construire un indice normalisé pour comparer des époques où les supports n’étaient pas les mêmes ;
  • croiser ce repère avec des sources fiables (Reuters Institute, Pew Research, OMS, CDC) ;
  • rendre le tout visible dans un graphique interactif avec zoom par période.

Il n’existe pas une métrique mondiale unique et parfaite de la consommation média globale sur 50 ans. Le graphique utilise donc un indice normalisé basé sur des repères historiques et des sources fiables.

Cette précision n’est pas un détail. C’est exactement ce qu’un journaliste data ferait avant de publier : annoncer la limite de l’indicateur. L’IA m’a aidé à formuler cette limite clairement, au lieu de la cacher sous un graphique trop confiant.

Timeline interactive : 50 ans de pics médiatiques

Le graphique ci-dessous permet de zoomer sur différentes périodes (6, 10, 30, 35 et 50 ans) et de visualiser les événements qui ont déclenché les principaux pics d’attention. Chaque point est cliquable et affiche son contexte, ses ordres de grandeur et, quand c’est possible, un lien vers la source.

Ouvrir le graphique interactif en plein écran ↗

Sources

Ce que les cinq fenêtres temporelles racontent

Le pic sur 6 ans (2020-2026) : COVID

Sur cette fenêtre courte, aucun événement n’approche le pic du COVID-19. La guerre en Ukraine en 2022 a ramené un fort intérêt pour l’actualité, mais déjà nettement en-dessous de 2020. Depuis, la courbe descend, marquée par l’inflation, la fatigue informationnelle et la montée des plateformes sociales.

Le pic sur 10 ans (2016-2026) : COVID

Même dans une fenêtre qui contient Brexit, l’élection de Trump et la polarisation politique des années 2016-2020, le COVID reste le pic dominant. C’est intéressant : avant 2020, la décennie était déjà saturée d’événements politiques majeurs, mais la pandémie a tout écrasé en quelques semaines.

Le pic sur 30 ans (1996-2026) : COVID

Sur 30 ans, on traverse la mort de Lady Diana, le 11 septembre, la crise financière de 2008, les printemps arabes, Brexit, et toujours, le pic moderne est 2020. Le 11 septembre reste un repère extrême en termes de breaking news, mais le COVID a duré beaucoup plus longtemps, avec une consommation d’actualité quotidienne pendant des mois.

Le pic sur 35 ans (1991-2026) : COVID

Cette fenêtre démarre avec la guerre du Golfe, considérée comme le moment où l’information continue mondiale s’est structurée autour de la télévision. C’est un jalon historique important, mais l’intensité quotidienne de la couverture COVID, vécue dans le monde entier en même temps, reste supérieure.

Le pic sur 50 ans : il faut distinguer deux choses

C’est ici que l’analyse devient intéressante, et c’est exactement le type de nuance qu’une IA bien utilisée aide à faire émerger :

  • Consommation média globale (tous supports confondus) : le pic reste 2020. Le Reuters Institute a documenté cette hausse de l’usage de l’actualité dès le printemps 2020 dans six pays.
  • Presse papier traditionnelle : le pic historique se situe plutôt en 1984 aux États-Unis, avec environ 63,3 millions d’exemplaires quotidiens, selon les chiffres rapportés par Pew Research.

Confondre ces deux pics, c’est confondre deux phénomènes très différents : un sommet de circulation papier dans un écosystème pré-Internet, et un sommet d’attention multi-écrans en pleine pandémie. Les deux sont vrais, mais ils ne mesurent pas la même chose.

Pourquoi le COVID a généré un pic exceptionnel

Le COVID coche quasiment toutes les cases qui amplifient l’attention médiatique :

  • peur sanitaire mondiale, en temps réel ;
  • incertitude scientifique, qui appelle de la mise à jour permanente ;
  • confinements qui ont littéralement collé les gens à leurs écrans ;
  • annonces gouvernementales quotidiennes, retransmises en direct ;
  • chiffres d’hospitalisation et de décès actualisés chaque jour ;
  • experts mobilisés en boucle, sur tous les plateaux ;
  • variants, vaccins, restrictions, débats sur les libertés ;
  • un besoin viscéral de comprendre ce qui allait nous arriver demain.

Quand on superpose tous ces ingrédients, on obtient un cocktail rare. Le 11 septembre, la guerre du Golfe ou la crise de 2008 ont chacun déclenché des pics impressionnants, mais aucun n’a tenu aussi longtemps à un niveau aussi élevé.

L’après-COVID : fatigue, méfiance, fuite

Une fois la pandémie passée, le Reuters Institute observe dans son Digital News Report 2025 un recul mesurable de la confiance et de l’intérêt actif pour l’actualité, particulièrement dans les pays occidentaux. Plusieurs phénomènes se cumulent :

  • fatigue informationnelle : trop d’actu pendant trop longtemps ;
  • évitement des news : un public qui éteint volontairement les notifications ;
  • baisse de confiance dans les médias traditionnels ;
  • déplacement de l’attention vers TikTok, YouTube, Instagram, podcasts, agrégateurs algorithmiques et créateurs indépendants.

Autrement dit : depuis 2020, les médias traditionnels n’ont jamais retrouvé un tel niveau d’attention. Et ils le cherchent.

Les médias cherchent-ils un nouveau pic ?

C’est ici qu’il faut être prudent. Quand un foyer sanitaire émerge, comme le cluster de hantavirus signalé en 2026 par l’OMS et le CDC, il existe une tentation médiatique d’en faire un mini-événement-monde, comme si le réflexe COVID cherchait à se rejouer.

Le fait sanitaire peut être réel. La question critique est de savoir si la couverture médiatique est proportionnée au risque réel.

Le cluster hantavirus de 2026 est documenté par des autorités sérieuses. Il est réel. Mais il n’a rien, en ordre de grandeur, qui le rapproche du COVID : ni le nombre de cas, ni la dynamique de transmission, ni l’impact sociétal. La vraie question n’est donc pas « est-ce que ce virus existe ? » — il existe. La vraie question est : est-ce que le traitement médiatique reste proportionné au risque réel, ou est-ce que le souvenir du COVID pousse à l’amplifier mécaniquement ?

Cette nuance est précieuse. Elle évite deux pièges symétriques : nier des faits sanitaires authentiques, ou s’abandonner à des emballements médiatiques disproportionnés.

Ce que cela dit de l’IA et de Monsieur Tout-le-Monde

L’angle le plus intéressant de cet exercice n’est pas seulement ce que les chiffres racontent, mais comment cette analyse a été produite. Il y a encore cinq ans, ce type de mini-enquête supposait :

  • de la veille manuelle dans des bases de données ;
  • de la recherche documentaire dans des archives ;
  • des compétences de structuration éditoriale ;
  • des bases en data visualisation pour construire un graphique propre ;
  • la capacité à comparer plusieurs sources sans s’y noyer ;
  • et surtout, le temps pour faire tout ça.

Aujourd’hui, une personne curieuse, sans être data scientist, peut transformer une intuition en analyse publiable en quelques heures. L’IA aide à formuler la question, à proposer des hypothèses, à chercher les sources, à vérifier les dates, à distinguer ce qui est mesuré de ce qui est interprété, à générer une visualisation et à publier un texte structuré.

L’IA ne rend pas automatiquement plus intelligent. Mais bien utilisée, elle rend l’esprit critique plus rapide, plus structuré et plus difficile à noyer dans le bruit médiatique.

C’est exactement ce que je décrivais déjà dans cet article sur le rôle de l’IA dans notre rapport au savoir : L’IA et nous : comprendre, questionner, rester humains. L’outil n’est pas un substitut moral, c’est un amplificateur. Bien orienté, il rend des compétences éditoriales accessibles à beaucoup plus de gens.

Reprendre une part de pouvoir critique

Quand un média titre sur un événement sanitaire, économique ou géopolitique, le réflexe le plus utile aujourd’hui n’est plus de gober ou de rejeter. C’est de comparer : avec d’autres sources, avec des ordres de grandeur historiques, avec ce qui s’est passé sur 10, 30 ou 50 ans. Cette comparaison, l’IA la rend trivialement possible.

Ce déplacement est important. Pendant longtemps, le pouvoir de cadrer un récit médiatique était concentré dans quelques rédactions. Le lecteur consommait, ou changeait de chaîne. Aujourd’hui, n’importe quel lecteur peut ouvrir une fenêtre de chat, demander des sources, croiser des chiffres, et publier sa propre lecture argumentée — comme cet article. Ce n’est pas du journalisme professionnel, mais ce n’est plus de la consommation passive.

Conclusion : observer les emballements, pas les subir

Les médias ont toujours cherché l’attention. La nouveauté en 2026, c’est que le public dispose d’outils capables d’observer les pics, les cycles, les récits et les emballements avec plus de recul. Ce n’est pas la fin des médias traditionnels, ni le règne des plateformes, ni un grand remplacement de la presse par les IA. C’est un rééquilibrage du pouvoir critique.

Le COVID restera, pour longtemps, le pic moderne de l’attention médiatique. La presse papier a connu son sommet bien plus tôt, autour de 1984 aux États-Unis. Et entre ces deux repères, il y a 36 années de mutations technologiques qui ont profondément changé ce que veut dire « être informé ».

L’enjeu, désormais, n’est plus de savoir si les médias vont retrouver un nouveau pic à hauteur du COVID. C’est de savoir si nous, lecteurs, allons utiliser les nouveaux outils pour rester lucides quand ils essaieront.

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